Installation – « Le Réel et son double »

Présentation de l’installation Le Réel et son double lors de l’inauguration de l’atelier de l’artiste – Tiers-lieu Dédale, Fontenay-sous-Bois – 2026

« Rien de plus fragile que la faculté humaine d’admettre la réalité, d’accepter sans réserves l’impérieuse prérogative du réel »

Clément Rosset

Ainsi commence l’ouvrage Le réel et son double du philosophe Clément Rosset.

Lancelot Blondeel s’inspire directement du titre de l’essai et propose pour l’installation présentée ici une lecture à deux niveaux. La première clé de lecture concerne la réalisation technique des œuvres ; l’artiste cherchant un lien direct avec le spectateur en abordant des thèmes comme le mouvement ou la lumière en droite ligne du travail de la série Luminotype. Le second niveau de lecture a trait au rapport entre l’humain et le réel. Les œuvres proposées interrogent la mécanique du double et de l’illusion tels que développés dans l’ouvrage du philosophe.

Luminotype I (détail de l’installation Le Réel et son double) – 2025 – acrylique, toile, papier – 80×60 cm – © Adagp

Mouvement & lumière___

Après avoir peint sur du coton, du papier ou du bois, Lancelot Blondeel étudie un nouveau support à peindre en choisissant la toile transparente. Ce choix matériel, à la fois technique et conceptuel, ouvre un champ d’expérimentation où la lumière, partie intégrante de l’œuvre, enrichit les dimensions traditionnellement traitées en peinture.

La toile transparente permet la circulation des rayons lumineux ; ceux-ci traversent les aplats de couleurs, se réfléchissent et se diffusent. Cette application rend visibles les nombreux comportements de la lumière et apporte une dynamique à l’ensemble. L’association de ce support à la peinture acrylique, dont les propriétés de translucidité sont exploitées, génère des vibrations d’une grande présence. Le pigment bleu outremer, clef de voûte de la série, se voit ainsi révélé dans toute sa force et son caractère.

Une certaine tension se manifeste dans la composition, alors que geste se faisant jour dans les œuvres marque par sa spontanéité, l’équilibre de la composition se révèle être prémédité, pensé et réfléchi. Ainsi les empattements, les projections, le dialogue avec l’arrière-plan, le choix des couleurs sont étudiés et maîtrisés. En revanche, le travail gestuel, émanation physique quasi instantanée, est le fruit d’une expression corporelle instinctive et inconsciente. Ce geste répété, perfectionné au fil des ans, devient une forme de langage corporel propre à l’artiste.

Luminotype IX – 2026 – acrylique, toile, papier – 80×60 cm – © Adagp

 Rapport au réel & mécanique du double___

La question de notre rapport au réel constitue l’un des motifs récurrents de la pratique de Lancelot Blondeel. À travers l’exploration des sens, de la perception, de la représentation, l’artiste interroge la manière dont la réalité se donne à voir et comment se construit notre expérience du monde extérieur.

L’utilisation de cylindres de plexiglass en face des toiles vient simuler l’opposition entre réalité perçue (ce qui se voit) et réalité ontologique (ce qui est). Ainsi se forme la mécanique du double.

L’artiste questionne ainsi la possibilité d’un accès direct au réel : sommes-nous en mesure de le saisir tel qu’il est ou sommes-nous condamnés à n’en percevoir qu’une représentation partielle voire altérée ? Son travail explore ainsi cette tension persistante entre réalité profonde et construction subjective.

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