
Luminotype III – acrylique, PVC, papier – 2025 – 80×60 cm – © Adagp
Réaliser une toile sans préméditation___
Je souhaitais aborder ici l’aspect gestuel de ma pratique. J’ai commencé ce travail lors de la réalisation de la série “No Reason”. Ce titre un peu curieux illustre le point suivant : il existe en art comme une certaine injonction à justifier son geste. J’ai justement nommé la série “No Reason” pour venir en contrepied et naïvement revendiquer une certaine spontanéité et réaliser une toile sans préméditation, sans réflexion.
Le temps passe, je continue à travailler, le résultat commence à me plaire. Je privilégie des moyens simples : des tons monochromes ou bichromes et une réalisation à la raclette centrée sur le geste ou plus précisément sur la forme obtenue. Je finis par essayer de complexifier les effets de texture, d’arrière-plan, je réalise un certain nombre d’essais, réussis et moins réussis jusqu’à ce que je me rende compte que dans le résultat final c’est bien la forme obtenue qui m’intéresse.
Affirmer une esthétique___
C’est là où je vais contredire ce que j’ai énoncé au début : je vais chercher à comprendre mon intention mais surtout à affirmer une esthétique. Ce qui veut dire que je vais comme dresser des critères attendus. Je prends ça du côté positif, je le vois comme une certaine maturité de la pratique du geste. Je peux affirmer que le geste pour tracer mes formes, je l’ai exécuté des milliers de fois.
A force, on touche du doigt ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins. Ce qui avait commencé de façon spontanée, sans préméditation devient un geste abouti en tout cas subjectivement c’est le sentiment que j’ai. On comprend comment fonctionnent les empattements, les projections, l’épaisseur des traits, le dialogue avec l’arrière-plan, le choix des couleurs etc. Comme je disais, on finit par comprendre ce qui marche et ce qui marche moins. Finalement la réalisation devient préméditée, pensée, réfléchie. Par contre, le geste lui garde toute sa spontanéité, je ne sais jamais ce qui va sortir.
On pense évidemment au corps : je me pose les questions suivantes : comment se placer pour exécuter le geste, avec quel angle, quels appuis, etc ? Dans ces phases-là, à force de faire, faire et refaire cela devient comme presque un corps à corps entre la toile et soi. Croyez-moi, c’est vraiment le sentiment que j’ai. Évidemment en réalité, c’est plutôt un duel entre soi et soi.
Sur la toile vient persister une mémoire du geste___
J’ai l’habitude de dire “sur la toile vient persister une mémoire du geste”. Un aspect supplémentaire que je souhaite aborder concerne l’aspect temporel. Alors que le geste est réalisé en une poignée de seconde, la toile-elle bénéficie d’une réelle une relative permanence. C’est la où la notion de “mémoire du geste” prend toute son importance.









